Google+ Montebourg 06: Comment Arnaud Montebourg se prépare pour 2017... au cas où

jeudi 11 février 2016

Comment Arnaud Montebourg se prépare pour 2017... au cas où

Article publié de Léa Lejeune publié sur Challenge.fr le 11.02.2016 

En 2014, l'ancien ministre du Redressement productif a déclaré: "je vais prendre exemple sur Cincinnatus qui préféra quitter le pouvoir pour retourner à ses champs et à ses charrues". Et a priori, il s’y tient... Mais jusqu'à quand ? 

Reviendra, reviendra pas? Le livre L’Alternative Arnaud Montebourg (Editions Cherche-Midi), sorti ce jeudi en librairies, fait le pari du grand retour de l'ancien ministre du Redressement productif. Ecrit par le journaliste de l’AFP Antonio Rodriguez, il retrace son parcours depuis son arrivée à Bercy jusqu’à ses premiers pas d’entrepreneur, en passant par les sauvetages d’usines et les bras de fer avec ses collègues du gouvernement. Il donne la parole à l’ancien élu qui a justement choisi de raréfier ses interventions publiques liées à la politique: deux parutions presse l’an dernier pour critiquer l’austérité économique et son inefficacité. Dans L’Alternative, Montebourg s’attaque au « sarkhollandisme économique. C’est la même politique économique. La même politique fiscale aussi qui consiste à faire payer les classes moyennes ». Il prend soin de ne pas citer « l’UMPS » de Marine Le Pen. Il affirme défendre des idées parfois de gauche, parfois de droite, sans trop vouloir rentrer dans une case. Sa politique à lui? « Une sorte de gaullisme social. Une synthèse entre le colbertisme, l’amour de l’entreprise, la liberté d’entreprendre, le goût de l’innovation et la protection des gens qui travaillent ». Ambitieux.

L’ouvrage défend une thèse osée: le troisième homme de la primaire socialiste de 2011 (17% des voix) serait la seule figure de gauche capable de s’imposer face à François Hollande. Charismatique, cet ancien avocat a la capacité de présenter des idées simples, des formules marquantes, compréhensibles par tout le monde à l’image du « Made in France ». A mille lieux de la bureaucratie de gouvernement qui l’agace. Il insiste sur sa différence et sa liberté de parole par rapport à la ligne du Parti socialiste. « Je n’ai plus vraiment de parti qui me représente, comme d’ailleurs des millions de Français aujourd’hui », dit-il dans l'ouvrage. Puis, le PS est « malheureusement sur le point de devenir à la fois un parti libéral et conservateur ». Déçu, remonté, quelques phrases de l’ouvrage laissent penser que l'ancien élu de Saône-et-Loire pourrait revenir en politique pour contrer François Hollande lors de l’élection suprême. Mais rien n’est clairement dit.

Officiellement, Arnaud Montebourg « ne confirme rien de tout cela ». Il répète à l’envi qu’il se concentre sur ses activités d’entrepreneur et il y a de quoi faire. Son entrée au conseil d’administration d’Habitat en 2015 lui a offert une place dans le milieu économique. Depuis, il a investi dans la start-up d’énergie éolienne New Wind, puis a rejoint le comité d’orientation stratégique de Talan, une société de services en ingénierie informatique. Il promeut toujours le « Made in France » lors d’assises organisées avec Yves Jégo l’été 2015. Selon Le Canard enchaîné, il prépare le lancement de France-PME, un fonds de pension "à la française" comme en rêve son successeur à l’Economie Emmanuel Macron. Lors de son éviction de Bercy en août 2014, Montebourg avait lancé : « je vais prendre exemple sur Cincinnatus qui préféra quitter le pouvoir pour retourner à ses champs et à ses charrues ». A priori, il s’y tient... Il faut pourtant se souvenir que l’homme politique romain avait été rappelé aux affaires par des citoyens désespérés. « La force de Montebourg, c’est justement qu’il ne vit plus de la politique, qu’il a une liberté financière et organisationnelle », affirme Valentin Przyluski, son ancien conseiller industrie écologique.

Montebourg, l'homme providentiel?

Viendra-t-on le chercher? Pas sûr que ce soit l’homme providentiel aux yeux des Français, car les derniers sondages lui sont de moins en moins favorables. Dans le sondage Ifop pour le JDD du 31 janvier dernier,Arnaud Montebourg ne recueillait que 27% d’avis positifs, loin derrière Nicolas Hulot ou Manuel Valls. C’est plutôt du côté des sympathisants de gauche déçus par François Hollande qu’on l’attend. L’écologiste Yannick Jadot l’a contacté au moment de lancer l’appel « Notre primaire », adressé à l’ensemble de la gauche dans Libération, le 10 janvier. Montebourg ne s’y est pas associé, mais « il voit l’initiative d’un bon œil ». Les jeunes militants de primairedegauche.fr, qui se proposent d’organiser concrètement la fameuse primaire, aimeraient bien qu’il se lance dans la course. « Sur les questions économiques, il est un de ceux qui affirment qu’il est possible d’être de gauche et efficace sur le plan économique », précise Caroline de Haas. Enfin, la position des frondeurs, partisans d’une primaire au sein du PS, est un peu plus ambivalente. « Une partie des militants souhaite que Montebourg ou Hamon soient candidats », concède Christian Paul. Ça tombe bien, les deux hommes seraient toujours très proches politiquement. Le PS et François Hollande ne veulent pas de cette primaire. Qu’à cela ne tienne, « des militants de la gauche du parti envisagent d’attaquer le PS en justice pour non respect de ses statuts car l’obligation d’organiser une primaire avant l’électionprésidentielle y est inscrite. Juridiquement, cela devrait marcher », révèle un proche de Montebourg. « Il n’y ira pas s’il n’est pas sûr d’avoir une chance de gagner », lâche Valentin Przyluski.

En attendant, l’animal politique se prépare. De petites équipes se réunissent régulièrement pour discuter des sujets d’actualité, d’économie, de culture autour de lui. Parmi eux, l’ex conseiller de l’Elysée Aquilino Morelle qui fut son directeur de campagne, l’élu francilien François Kalfon, les députés Patrice Prat et Aurélie Filippetti, sa compagne à la ville. Mais aussi des intellectuels comme l’essayiste Hakim El Karoui, le politologue Thomas Guénolé ou le chercheur Frédéric Martel. Enfin, le think tank collaboratif la Plateforme, fondé il y a un an par des jeunes proches de Montebourg, prépare des propositions politiques qui pourraient inspirer un programme présidentiel. Pas de comité de campagne classique, pas de calendrier, rien ne semble être décidé. « Les ambitions de Montebourg ont souvent été trop prévisibles, pas cette fois », explique Antonio Rodriguez. Pour l’un des participants, « une chose est sûre: il veut être en condition, si jamais la situation se décante ».

1 commentaire:

  1. Y a-t-il un comité de soutien à la candidature d'Arnaud Montebourg à la primaire de la gauche dans le 06 ?

    Pierre Bottin

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